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Tout au fond du "jardin de Claire" se dresse une  ruine. 

Depuis des années Claire rêve devant ces ruines.

      Ainsi est né ... LE PAN DE MUR

Un escalier y a laissé sa trace. Des vestiges de  papiers pendent.

Çà et là, une chambre,  nid d'enfant,  salon,

Trace d’une cheminée Traces d'une vie... .

 Claire se pose et  vous  raconte "ses souvenirs" 

 

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 Mai 1960   "La Bonbonnière"

 

    Suivant ARCCO  - Récapitulatif de mes activités - Je ne suis restée que quatre mois dans le fond de "la cave"... C'était prévisible!

   A 17h je remontais le bd Jean Jaurès. Cette année là Aznavour chantait "J'aime Paris au mois de Mai"... Moi aussi.

    Je marchais fière d'aller, seule, où je voulais, tranquille, librement. Je détaillais chaque boutique du boulevard - restaurants - bars - coiffeurs etc. Curieuse de l'activité des commerces et, dans ma tête,  je gambergeais - Cherchant qu'elles seraient mes possibilités d'y travailler. Parce que dans la cave de Pantin je me sentais bien seule, en dehors de déposer les commandes de vins sur un passe qui relayait la cave et la salle.

     Avant d'arriver  rue d'Hautepoul pour y prendre ma gamine, je passais devant une jolie brasserie avec terrasse - verrière. Quelques tables et des jeunes gens. De la rue je pouvais entendre la musique. "Allez venez milord vous asseoir  à ma table... Il fait si froid dehors, içi c'est confortable " E.Piaf m'invitait, alors un jour, je suis entrée.

     En dehors de " Chez Suzanne" - le petit restau en bas de chez moi, je n'avais jamais franchie, seule, la porte d'un bar. Ce fut une impression extraordinaire de totale liberté. Passée la terrasse, je vis d'abord la patronne derrière sa caisse.  D'un léger mouvement de la tête elle invita la serveuse à venir vers moi.

    - Bonjour...Vous désirez Mademoiselle ? - Mademoiselle  waouh!

    Me souvenant de la pub du métro je commandais, très sûre de moi: - " Un BYRR "  - La patronne me fit un gentil sourire. J'étais aux anges... La musique provenait d'une belle machine, avec dedans des disques.  Juste à côté,  une autre machine. Celle là, une sorte de jeux qui consistait à envoyer des boules dans tous les sens, pour voir s'afficher des points. Ces machines étaient lumineuses, toutes en couleur et en sons. C'est ainsi que je découvrais le Jukebox et le Flipper... Prémices de mes futures addictions aux jeux. Lorsqu'on "joue" on ne pense qu'à une chose... Gagner la partie. Rien d'autre.

      Paulette, la patronne de "La Bonbonnière" c'était la classe. - Un je ne sais quoi ? de supérieur à Suzanne. Elégante, tailleur et talons aiguille. Le port de tête altier. Un regard doux mais pénétrant. Elle  surveillait toutes actions: Service, clients, tables. Sans un mot elle dirigeait le bar.  La salle était coquette avec deux hauts dracénas.

   Bien rangées: Les tables,et les chaises. La machine à café, les bouteilles, la pompe à bière,  les cendriers; tout était nickel de propreté. Et toujours un bouquet de fleurs fraîches près du comptoir où trônait la caisse, et Mme Paulette Raymond.

 
    "Avec le temps"... j'ai compris. Tout est orchestré, le temps, et les lieux  où vous conduisent vos pas. Cela s'appelle le destin. 
 
     Monsieur RAYMOND: Le patron, très différent L'ai sévère et hautain. Lui faisait l'approvisionnement et l'ouverture. Sa femme ne venait que vers dix heures. J'appris qu'elle était malade... souffrant d'un cancer. Rien dans son attitude ne me le fit supposer, tant elle était calme, douce, et sereine.
 
    De mon côté je décidais de quitter  mon emploi de  "La cave" et m'octroyais  quelques jours de repos. En accord avec la nourrice, je pris ma fille une semaine, le temps de la gâter. Puis à nouveau je repris mes nouvelles habitudes: - " La bonbonnière", un café, un croissant, quelques pièces dans le jukebox. Une, deux parties de flipper et le journal. Rubrique: Recherche d'emplois.
-  Ce qui était écrit arriva.
 
    Un matin, Mr Raymond seul à la caisse me fit part de son soucis. Paulette était hospitalisée. Son était s'était aggravé, le pronostic de vie incertain. Il  n'envisageait pas rester à la caisse toute la journée. C'est alors qu'il me dit que sa femme appréciait mon sourire et ma personnalité. Elle formulait le désir qu'il m'emploie à la caisse. Lui, ferait ouverture et fermeture. C'est ainsi que je devins  "caissière"... Toujours sans CV ni formation! - Mon formateur fut Mr Raymond. 
 
    Quelques mois plus tard Paulette mourrais dans de terribles souffrances: Une époque ou les soins palliatifs n'existaient pas. J'en  éprouvais beaucoup de chagrin, avec une vague impression qu'elle m'avait placée là, avant de partir.
  - La suite de Ma drôle de vie me le confirma.

    Ainsi de cliente à LA BONBONNIERE, après le décès de Mme RAYMOND... suivant le désir de la défunte, je fus engagée "caissière" de sept heures le matin, à  vingt deux heures. Un horaire lourd qu'il m'avait fallut négocier pour pouvoir prendre ma fille chez la nourrice et la promener  durant ma coupure de l'après midi, ou simplement rester au studio : Aller rue d'Hautepoul, changer le sac de ses vêtements sales, contre du linges propres. Passer une petite heure au jardin, puis repartir chez la nourrice... Le temps passait trop vite. Mon petit bouchon avait des larmes au retour... Et moi le cœur bien trop lourd pour sourire et blaguer avec les clients.

    Mr Raymond était un breton,  fils de paysan, il avait travaillé dur pour quitter sa Bretagne, "monter" à Paris et acheter la coquette brasserie - Bien située sur le grand boulevard Jean Jaurès à quelques pas de la Villette. Il avait un fils. Un fils qui visiblement n'aimait pas son père, mais, moyennant logement et repas, l'aidait durant nos coupures. Les samedis et dimanches nous quittions le travail vers onze heures et souvent minuit... Après avoir fait le ménage et la mise en place du lendemain matin!

    En 1960, pas de semaines de 35 heures !!

    J'anticipe dans ce récit en révélant que ce fils se suicida  à 30 ans

   Un patron sévère, exigeant qui, au moindre de nos retard nous renvoyait à la maison sans salaire... Un quart d’heure de retard nous faisait perdre la journée, c'était vicieux car cela obligeait le fils à rester. Et pour Denise ou moi double peine. Je commençais à penser que : bonbonnière rimais avec "galère " - Seul le salaire assorti de deux repas me faisait patienter et… pour être très sincère, lorsque c'était possible, Mr Raymond aux toilettes ou à la cave... Avec la complicité de Denise, quelques "encaissements" ne passaient pas forcément par la caisse. Denise était joyeuse, jolie et  dégourdie - Avec un clin d'œil de connivence nous partagions nos petits larcins: Bref nous gagnions bien notre vie.

 Denise ma complice...   A nous deux derrière le comptoir, nous avions une clientèle masculine jeune et variée, friande de nos sourires et... de nos charmes - Notre caisse "pour-boire" s'en trouvait bien remplie. Enfin, avec du recul je  pense que Mr Raymond fermait les yeux, ayant quelques idées derrière la tête. Après tout, puisque les recettes étaient bonnes...  

    En revanche, derrière nous, il s'attardait souvent sur nos hanches lors de la mise en place des fut de bierre ou des bouteilles. Denise et moi ne pipions mot. Feu Mme  Raymond devait se retourner dans sa tombe!!

    J'étais tour à tour caissière et serveuse et bingo...

    Mr Raymond se mit dans la tête de m'épouser.

    A partir de l'idée, mon patron se montra sous un  angle pénible: La jalousie. Bien que je le tienne à distance,  il était sûr d’arriver à son but. Avec le recul je pense qu’il avait surtout détecté mon côté jovial et bonne "commerçante " Il est vrai que j’ai tout de suite aimé ce métier. La clientèle étant conquise, moi heureuse, il pensait que... Je finirais bien par accepter d’être la patronne… Patience.

    Je n’étais pas du genre à rester assise derrière la caisse, aussi j'aimais accueillir, sourire, séduire. Deux "tunes dans l’bastringue" et la musique réchauffaient l’ambiance, surtout à l’heure de l’apéritif. Ce qui énervait le patron.

    Lors de ma coupure, m'étant ressourcée avec ma petite, j’étais fin prête pour la gagne des pour - boire du soir. Et de "frigide " je n’en avais plus l’apparence. Les jeunes rêvaient de s’aguerrir, les hommes mariés se montraient généreux dans l’espoir d’y gagner une maitresse. S'ils venaient avec leur femme leur indifférence me choquait et m’amusait.

     C’est dans cette petite brasserie que je devins guerrière.

    Cet emploi, mes jeux de séduction me  suffisaient. Je  n’avais besoin de rien de plus. Je rentrais chez moi seule et sereine. Tenant à distance Mr Raymond,  tout en le laisant rêver.

     Si les bretons sont têtus, celui-ci en était un parfait spécimen. Tranquille, de serveuse – caissière,  je devenais maitresse de ma vie. Jusqu’au jour où…

Entrèrent dans le bar: Deux amis, Christian X et André MARTIN​.

 MA DRÔLE DE VIE -  Porte de Pantin

           C'est le beau et jeune André qui dés ce premier jour tomba fou amoureux.   Visiblement pour ce jeune homme je fus: LA FEMME - Sa première - il me le confirmera plus tard. Mais il du être très patient et surtout beaucoup souffrir. Ce garçon avait quelque chose de d'Alain Delon (de l'époque). Un regard pour moi -  contemplatif et émouvant - Il avait 19 ans, moi 24 ans, flattée, insouciante, j'ai joué avec son coeur. Ce jour, ayant connu la douleur des amours impossibles, je voudrais le rencontrer, lui demander pardon.

     Pour en revenir à Mr Raymond, ce dernier sentant le danger venir de tous côtés, décida de prendre des vacances; ferma boutique et,  bon prince, me proposa de nous emmener, moi et ma petite en Bretagne dans la ferme de son enfance, ce que j'acceptais volontier pour le bonheur de ma fille.

 

    J'avais connu Quiberon, du temps bénit des colonies de vacances. Mais cette Bretagne profonde de Mr Raymond était plus sauvage.    - Une vieille maison, des meubles très anciens. Telle une grande table de bois brut, avec des creux pour y glisser nos assiettes! Ainsi qu'une magestueuse armoire-lit. Dans la base, nous dormions blotties toutes les deux sur un doux matelas de plumes.

    C'était divin et cela sentait bon la campagne.

    Monsieur Raymond, jouait au gentil papa - Lui si sévère avec son fils. Un fils qu'il avait voulu "dresser" à son image. Comme une vengeance de sa difficile et pauvre jeunesse. Mais je n'étais pas dupe, déjà je pressentais le prédateur: Je ne serai pas la proie facile.

- De "pingre" à Paris, là,  dans sa Bretagne natale, vis à vis des gens du village, il montrait qu'il avait réussi sa vie. Jonglait avec l'argent: Restaurants - Location d'une grosse voiture -  Location de bateaux.

Pire, un jour, invités chez ses "cousins" il annonça notre notre possible mariage... demanda ma main et eu jusqu'à  l'audace de m'offrir le coffret de bijoux de sa défunte femme.

     La présence de ma petite et cette famille, ne me  permis pas de riposter.  Je contins ma colère jusqu'au retour et là, il me révèla qu'en fait - il avait vendue La Bonbonnière !! Je compris alors le but de ses largesses. Il  me dit d'être "raisonnable"... qu'il avait une jolie villa vers Clamard, je le savais, Mme Raymond m'en ayant parlé.

     Pour toute réponse il reçut le coffret de bijoux dans sa tronche;  geste que j'ai regretté par la suite, quant, de retour à Paris, je du faire fissa pour retrouver un emploi.

 

Voilà the end La Bonbonnière !  J'avais rencontré mon premier loup.

                                         A LA CROISEE DES CHEMINS

     1961   "La Bonbonnière" vendue ... Et mon refus d'épouser mon employeur; Mr Raymond, fissa,  je dois rechercher un emploi adéquate  avec ma situation: J'ai quitté mon mari, et je suis seule avec la garde de ma fille Dominique, âgée de 5 ans...sans pension alimentaire.

    N'étant pas  de nature économe, sans emplois, et le loyer du studio à payer... Je m'active en recherche. Très chanceuse et audacieuse, c'est à la patinoire de Boulogne Billancourt  que je suis employée serveuse à mi-temps.

     - Là j'assisterai aux débuts des deux  «Alain» qui deviendront les champions de l’époques : Calmat, et  Gilletti.  Ma tante qui est aux Moulineaux prend quelque fois ma petite mais ayant trois enfants j'évite de la déranger. C'est Esther, une autre de mes tantes, qui prendra quelques mois le relais. Puis à  Goussainville une voisine de ma mère. (Mère n’aimant pas les filles, ni grandes, ni petites)

      Goussainville, je me souviens de ce soir où ayant déposé Dominique chez cette nounou   - Je suis repartie en larmes jusqu'à la gare. De la rue Branly à la gare il fallait longer les champs de betteraves et de blé. C'était en septembre, à quelques mètres de la gare je suis entrée dans un champ de blé et là j'ai pleuré tout mon soûl. La nuit tombée je me suis endormie dans mon chagrin. C'est le froid du petit matin qui m'a réveillée. J'ai alors pris le premier train pour Paris.

    Mes jours de repos je reste en relation avec ma tante Josiane: Parfois j'y mange le soir, j'y suis heureuse assise à cette tablée de six. J'ai le souvenir de ses délicieuses pommes de terre au lard. Toute ma vie j'en garderai le goût. Ainsi que l’odeur si particulière de ce immeuble en briquettes rouges où vécurent toute ma famille, "les Jacquot - Thirbaudet".

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claire-le-pan-de-mur.over-blog.com Claire - dans ma drôle de vie

  • Claire

MA DROLE DE VIE

Résultat de recherche d'images pour "livre gif animé gratuit"  A L'automne de sa vie Claire se pose, raconte ses souvenirs

TU NAIS SEUL, TU MEURT  SEUL,  ENTRE LES DEUX IL Y A DES FAITS DIVERS. CHOISISSEZ BIEN VOS FAITS DIVERS  L Ferré

    MON ENFANCE 

 1955 - 1960 MARIAGE

LE CHEMIN  DE LA LIBERTE

1960 - PORTE DE PANTIN

BILLANCOURT - RUE BROCA

1969 LA SCHLAGUE

1970 - 1980  NICE

1970  - LE SELECT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         

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