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Tout au fond du "jardin de Claire" se dresse une  ruine. 

Depuis des années Claire rêve devant ces ruines.

      Ainsi est né ... LE PAN DE MUR

Un escalier y a laissé sa trace. Des vestiges de  papiers pendent.

Çà et là, une chambre,  nid d'enfant,  salon,

Trace d’une cheminée Traces d'une vie... .

 Claire se pose et  vous  raconte "ses souvenirs" 

 

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CHAPITRE 1er                        

    Alors je vins au monde... Sur la ligne de départ de la grande course à l'ovule, nous étions des milliers de spermatozoïdes... Je fus la première à l'arrivée!! Déjà le goût de la compétition.

    1937, suivant mon acte de naissance je suis née  "à la maison" - J’imagine assez l'agitation  rue du Chevalier de la Barre à Vanves. Il paraît que j’ai beaucoup hésité… M’annonçant vers vingt trois heures le 25 à minuit, je ne montrais le bout de mon nez que vers neuf heures trente le 26. juillet Prémonition d’une vie hors normes et décalée. 

   Papa étudiant en pharmacie, maman infirmière en usine. Je suis une "enfant de l’amour " conçue avant mariage. Maman aînée de sept enfants, je comprend sa déconvenue... d’autant que mon père était un "Don Juan" Ce qui inquiéta mon grand père qui exigea le mariage illico - presto.

L'HISTOIRE de MA DRÔLE DE VIE

A droite, maman ses parents : à leurs pieds, p'tit Robert - 2ième rang à gauche  oncles Guy et Claude. Derrière grand père, Tante JO 12 ans  4ième rang  Klebert Louis frère de papa. Mon oncle Serge est absent. 

                                                          1936 - Un beau mariage

    Je fus la seule enfant légitime de père et mère. En 1943 ma mère conçut Jean Pierre, fruit d’une aventure. Puis de son second mariage : Bernadette sœur cadette de 15 ans.  Du côté de papa il y eut Christian enfant unique. Christian mourut de myopathie musculaire foudroyante à 46 ans.

                         1940 – Premiers souvenirs de ma petite enfance

   J’ai trois ans, sur ces images avec maman et ma tante Jo. Je suis brune aux yeux verts et boudeurs. A la piscine avec mes  oncles, Claude et Guy. Plus tard sous le bras de l’oncle Serge. On me distingue grâce à ce joli petit chapeau qui me différencie de l’autre fillette. J’ai vécu chez une nourrice deux ans dans cette province du Mans, là où tant d'enfants furent  éloignées de Paris, de la guerre et des bombes

   Joliment habillée si j'en juge ces photos prises dans l’Yonne, juste avant le grand départ de ma famille pour la guerre mondiale 39/40.Ce furent mes deux années de grand bonheur ... Alors à qui elle sourit la petite souris ? A son papa pardi.

L'HISTOIRE de MA DRÔLE DE VIE
L'HISTOIRE de MA DRÔLE DE VIE

1939  - LA GUERRE - L'EXODE

   Puisqu'il faut les nommer, mirent fin à nos années bonheur. 
   L’exode: nom donné à cette fuite éperdue. Aucun souvenir des longs cortèges de femmes d'enfants et de vieillards que je vois, dans des vidéos de l'époque. Qui m'entraîna dans cette débâcle ? Mon Père ? Ma Mère ? Plutôt mes grands parents ? Je ne le saurai jamais. Après guerre, dans nos réunions familiales, nos parents parlaient entre eux de leur guerre, rarement devant nous les enfants.

   LE MANS : C’est dans cette campagne que je fus déposée en cette année 1939. Par lequel des mes parents ? Un souvenir remonte parfois dans ma mémoire... Une cour de ferme, poules et lapins que je découvrais. La nourrice nous permettait de jeter le blé à la volée, aux volailles. Je me souviens des odeurs, et d’une salle de terre battue qui servait de salle à manger et de cuisine. Cette grande pièce est dans un coin de ma mémoire à cause de désagréables moments. Le souvenir d’une horrible bouillie de rutabagas. Mixture que je rejetais, mais que la nounou me ré ingurgitait. Le ventre est un cerveau... écrivant mon histoire en 2015... J’en ai encore le dégoût. Mais je lui pardonne, car nous étions en période de restrictions. J'étais alors punie, une remise dans la cour où bizarrement je m'y trouvais en paix.  Prémices de ma future et chère liberté.

   Ce fut oncle Serge qui, venant me voir lors de ses "permissions", avertit papa de ma maltraitance. Ce dernier étant encore à Meudon me prit avec lui... Alors qu'il suivait ses études en pharmacie. Il décida de me garder... mais pour se faire, sur le conseil d’un voisin Papa me déposait dans une cave de l'immeuble, quelques heures durant ses cours... Là dans cette cave il y avait déjà deux petites filles. Lorsque nos papas nous quittaient, nous laissant des gâteries, jouets et jus d'orange... il en résultait un concert de cris et de larmes. Oh... pas longtemps, les bonbons nous faisant oublier le temps. Nos papas nous disaient toujours " à tout à l'heure".  J’avais confiance. Cela dura peu de temps, mon père fut appelé sous les drapeaux.

                                            1941 - TRAPPES  

   Je  ne sais qui me déposa à Trappes ?  Ville détruite sous les bombes...

  Ces bombes que moi et mes petites sœurs du malheur, nous voyions tomber la nuit, debout devant les vitres du dortoir. Nous étions alors dirigées dans les caves, abris où, à genoux, nous priions durant des heures. De cette période, aucun souvenir précis de souffrances... Nous étions toutes  logées à la même enseigne.

   Ce fut une année difficile et désordonnée.  A Trappes aucune visite. Mère était infirmière et s'occupait de sa sœur et son petit frère Robert. Ma grand mère à l'usine, mon grand père porté volontaire au front. Mon père prisonnier et déporté en Allemagne, aussi je comprends que ma jolie maman, âgée de 25 ans, seule dans cette tourmente, trompera mon père avec un marin en permission qui lui fit un petit garçon  en 1942  Jean Pierre... Jean, prénom du marin. Pierre, prénom de mon père. Dés sa libération mon père vint me sortir de cette "galère"... Il était temps, le lendemain, il y eu de gros bombardements sur  la ville, la gare étant  un lieu stratégique de cette guerre. Le pensionnat fut en partie détruit. 

                                 CLAIRE  UNE NOUVELLE MAMAN

   Dans ce train de retour, mon père m'appris que j'allais avoir une autre maman. Je n'en ai pas souffert ayant peu connue Maman première. 

   "Cette  seconde maman me plut beaucoup. Elle ressemblait plus à une grande sœur qu'à une maman. De petite taille, un minois gracieux, un accent très "ensoleillé". C'était une demoiselle d'Avignon. Sur le pont d’Avignon on y danse on y danse. Ce fut elle qui me fit danser ! Elle se nommait Claire. Je n'avais jamais entendu un aussi joli prénom. J'aimais les images que me renvoyait ce prénom: Clairière, prés, fleurs. 

   La jeune Claire avait 19 ans, papa atteignait sa trentaine. Enfant unique et gâtée d'un vieux couple, Claire devint vite capricieuse et odieuse envers mon père... Puis elle eut l'ingénieuse idée de me mettre dans " la balance " : Ta fille ou moi- Il faut dire que papa me gâtait: jolis habits, joujoux, nœuds dans les cheveux. Rien n'était trop beau pour moi ! Pour moi papa c'était le bon Dieu. Bel homme, à la question rituelle : "Avec qui tu te marieras quand tu seras grande ? J'ai dus répondre : " Avec MON PAPA "

   Après quelques semaines d'un bonheur relatif, la jeune femme se transforma en " Marâtre " D'abord elle me "pinçait "avant l'arrivée de mon père, me rendant ainsi triste et grincheuse... Parfois, me balançait des coups de pieds sous la table... ou s'arrangeait pour que je renverse mon assiette. Enfin des petits tourments paraissant anodins, mais qui me rendaient, aux yeux de mon père, qui les ignorait (je n'en disais rien) en déduisait que j'étais une gamine sauvage, tourmentée suite à la Guerre, et la nourrice, étaient causes de mon mal-être. Mais surtout pas  SA CLAIRE.

   C'est alors que je fus nommée cette "chose" si souvent répétée par la suite dans ma jeunesse: "La fille de l'Autre" en l’occurrence Ma mère.

    Après quelques mois Claire retourna à Avignon chez ses parents... Ce qui libéra mon père qui retrouva ma mère. Ou le contraire ? Maman fût rapidement enceinte... A l'arrivé de mon frère, (le fils du marin) mon père heureux d'avoir un fils crut à une naissance prénatale... 

                                          CRUELLE RUPTURE - CRUEL CHOIX

   Je me souviens:  Enfin nous formions une famille. Ce bonheur dura peu de temps. Père et mère étaient souvent en conflit, l'enfant que je suis alors, ne comprends pas. Lors d'un repas père se plaint des caprices du petit Jean Pierre...

-  " Fiche la paix à ce gosse, ce n'est pas ton fils ! dit froidement ma mère!

   C'est alors que mon père entre dans une colère folle, les assiettes, les couverts volent. 

- " Je m'en doutais ! hurle mon père. Il se lève, attrape ma mère d'un bras et de l'autre petit frère qui pleure, apeuré. Moi, idem, sans comprendre tout le sens du drame qui se joue, je pleure. 

   Je pourrais écrire dix fois cette scène, elle serait dix fois différente très sûrement tant elle était " incompréhensible" pour moi.  Mais je nous revois dans la rue... Nous trois, une valise, deux ou trois sacs?... c'est alors que papa me ra -trappe... 

- " Je garde MA fille... Mère sauvagement me cramponne, 

- " TA fille chérie, je l'emmène aussi... Petit frère et moi crions, pleurons...  - Mon père me précisera plus tard qu'elle lui avait laissé le choix ; celui de nous garder tout les trois. Les voisins avaient essayer de raisonner mes parents en vain... - Père abandonne la bataille... Mère nous emmène... Je me souviens vaguement d'une voiture ou d'un taxi? Direction Issy les Moulineaux, à quelques kilomètres de Meudon.                          

                ISSY LES MOULINEAUX  - Rue du Général Eboué…

 "L'enfance, c'est voir sa maman, chaqu'fois qu'on s'voit mal "   L.Ferré 

   C'est donc chez mes grands parents,  que nous avons passé quelques temps. Dans ce trois pièces loué depuis des lustres.

Une famille de sept enfants et deux adultes y ont vécu tant bien que mal.

Anecdote : Venant de Luxeuil les Bains - Pour accéder à ces premiers " HLM"  dont le sigle de ces années m'échappe. Grand père ne déclara que trois des enfants… Et fit rentrer les quatre autres en catimini. - Dixit Joséphine, ma grand mère.

   Je me souviens... Un escalier en colimaçon. La porte sur  le palier à droite. Des années plus tard. Mon cœur battait la chamade  à l'ouverture de cette entrée. A droite, début d'un long couloir; la chambre de mes grands parents. Au dessus du lit, un portrait de Joséphine avec son chignon noir, bien tiré à l'arrière. A côté le portrait de Georges en costume de militaire, je revois sa fine moustache. Au dessus de la tête du lit: un olifant de chasse. 

   Alors je respirais avec délice " l’odeur de l’appartement " - j’étais "CHEZ – NOUS " - Un long couloir aboutissait sur les toilettes et la cuisine. Nulle salle de bain. Une époque ou bien souvent chez les moins nantis, on se lavait tout simplement dans la cuisine. Une cuisine très modeste avec une fenêtre sur une cour. - Il y faisait  toujours sombre - Souvent on entendait les femmes s'interpeller d'une fenêtre à l'autre, et s'inviter pour le café. Ma tante y avait une grande amie. Je continue l'inventaire... Sur la gauche du couloir, une grande pièce : La salle à manger donnant sur l'av. du Gl Eboué. - La table qui me parue immense.  Peu de meubles. Au bout de cette pièce, une porte ouvrant sur la chambre des enfants.

              Une chambre où dormirent les 7 petits  "poucets"

    Là avait vécu ma mère, l’aînée de la fratrie. Ses parents travaillant pour nourrir cette nichée, (pas de CAF). Elle dut souvent assister ma grand-mère - Mon imaginaire recréait cette famille. Que je nommes encore et pour toujours "ma famille".

... Maman, moi, petit frère, ma jeune tante JO, oncle Robert de 10/11 ans  – Mes grands – parents. Une belle et joyeuse tablée de tous âges. Il ne me manquait que mon père.  Il manquait le soleil.

   Jusqu'en l'an 2001; décès de Tata JO - Cet appartement fut "Chez nous". Après le départ de mes grands parents en Bourgogne, pour une retraite bien méritée. Ma tante Jo, mariée en 1948, y mit au monde ses trois enfants. Des années durant nous y vivrons souvent ensembles des naissances et des deuils. Nos fêtes et nos défaites.

     .... Toute une partie de nos faits divers.

L'HISTOIRE de MA DRÔLE DE VIE

IMAGES : 1956  En famille, à l'Observatoire de Meudon. Autour du landau,: mère et son second mari. Mon cousin Gérard, Bernadette ma jeune sœur, mes cousines Annick et Liliane. En médaillon - Georges et Joséphine - Maman dans son fauteuil  "Emanuelle" semble  nous dire : Je suis là ...  

    1943 - Claire revint vivre avec mon père. Et de son côté ma mère me ramena chez Papa. Claire fit des promesses qu'elle ne tint pas longtemps. Nerveuse, de santé fragile Claire eut plusieurs fausses-couches: Mon père l'assistait et moi j'assistais mon père... Me trouvant bien souvent devant des cuvettes et linges sanglants - Je n'avais que 6 ans - Dés que Claire allait mieux à nouveau elle s'acharnait sur moi. Aucune affection ni reconnaissance. Fatigué de ces guéguerres, Papa fit son choix. Ce fut un chagrin immense pour nous deux le jour où il me déposa dans ce pensionnat de Meudon. Où je croupis deux longues années en prières agrémentées de la gale, et des poux. Les "bonnes sœurs" nous soignaient en nous installant nues, par trois, debout dans une baignoire remplie d'une lotion épaisse et piquante. Nous frottant énergiquement avec une brosse qui laissait nos jeunes corps à vif et nous rouges de honte et de douleurs Bien entendu toutes à la même enseigne donc, pas malheureuses. - C'était la vie. C'était comme çà !

                                 UN SOUVENIR  :  LA POUPÉE 

   Pour moi comme un conte de fée. Un dimanche de visite, Papa m'apporte une poupée à tête de porcelaine. Jouet de  luxe pour l'époque... Poupée que je portais précieusement en le raccompagnant jusqu'au grand portail. Puis je pleurais devant la grille se refermant sur mon idole de père.

   Je vous laisse imaginer les deux trajets... ET SURTOUT: le contraste - moi, tablier gris, cheveux noirs coupés à la "Jeanne d'Arc" Mes godillots et ma bouille en larmes. Tout le contraire de cette gracieuse poupée blonde en robe rose. C'est alors que, arrivée sous le préau me vient une envie de faire pipi... Je me dirige vers les toilettes et confie la poupée à une camarade. En ressortant, la porte frappe quelque chose? Oh!...Ma camarade à lâchée la poupée qui gît sur le sol, la tête brisée!! Aucun mot pour vous exprimer mon dépit... Je ramasse les morceaux, enveloppe le tout dans la jolie robe et cours jusqu'au dortoir où je m'effondre en larmes. Je m'endors dans mon chagrin. Au petit matin plus de poupée ? Rien que les yeux de verre, posés sur la table de chevet, ainsi que la robe rose. Une brave sœur comprenant ma peine, avait préféré soustraire la tête brisée.  Des jours durant, mains au fond de mes poches, je serrais ces petits yeux soudés l'un à l'autre. Pendant la messe matinale, cachée derrière un pilier de l'église, je regardais, mon trésor. Mes yeux plongés dans le regard bleu de la poupée, priant le ciel de la "ressusciter " - En vain, en plus de l'abandon de mes parents; Le bon Dieu n'écoutait jamais mes prières.

         LE PENSIONNAT DE MEUDON  et   LA POUPEE    (Images Google)
         LE PENSIONNAT DE MEUDON  et   LA POUPEE    (Images Google)

LE PENSIONNAT DE MEUDON et LA POUPEE (Images Google)

                                  6 JUIN 1945  MON ARMISTICE

... J'ai 8 ans. Moi aussi je vais "débarquer "  chez ma mère, après cinq années de nourrices,  pensionnats et d'oublis.

   En nous séparant la  guerre avait changé la donne, et mon destin. Ce fut ma tante Esther qui s'est inquiétée de mon absence au cours du second second mariage de ma mère : Elle et mon oncle me sortirent du pensionnat, m'imposèrent à ma mère. C'est la raison pour laquelle je suis la seule absente de cette photo. J’étais devenue transparente pour ne pas dire inexistante. Maintenant parlons de maman première.

   Gisèle, ma mère, rencontra à la Samaritaine Georges de V… vendeur: rayon tissu.  Je ne sais lequel tomba dans le piège de l’autre ? Mais j’ai des raisons de croire que ce fut Georges. Fils unique d’une famille de bourgeois  "belges " Georges revenait tout juste d’Allemagne où il fut prisonnier deux ans, souffrant de dysenteries qui détruisirent sa santé. Je suppose qu’après ces années de malheurs, Georges s’emballa devant la beauté de Gisèle… Se livrant, pour achever sa conquête,  qu’il habitait à Ménilmontant chez ses parents, et que ces derniers possédaient pavillon et terrains à Goussainville, à quelques kilomètres de Paris. Rapidement il demande ma mère en mariage.

    Maigrichon, un visage exsangue, pâle, presque ingrat, je doute que ce fut  ce qui attira ma mère. Par contre, Maman fille d’ouvriers, deux enfants sur les bras : A l’image d’une villa, et quelques hectares de terrains… Elle n’hésita pas. Ce que plus tard elle paya chèrement, de son travail et de sa liberté. Mais c’était sans compter sur les parents de Georges qui eux, avaient sûrement  envisagé pour leur fils meilleur parti  qu’une fille d’usine et sa  progéniture. Ce fut donc des années de guéguerres entre beaux parents  et belle-fille. Pour ma mère ce fut un choix de vie que, avec recul, je trouves qu'il fut désastreux pour tous.

   En juillet 1945 que je débarquais à Goussainville - J'ai huit ans.

   Présentations glaciales… - "Ma fille Monique, mon fils Jean Pierre ".

- Puis mère dit: -" Ton beau-père Georges. Ses parents : Berthe et Edmond de V…  - Cela changeait de "parrain et marraine " - "Georges et Joséphine Jacquot " mes chers et bruyants grands parents.

   Edmond, petit, rond avec des joues rouges. Sa femme Berthe, grande, maigre et sèche comme une trique. Le visage verdâtre des malades du foie (ce dont elle souffrait). Ses lèvres fines et serrées m’impressionnèrent tellement, que je la crus muette. Du reste aucun son ne sortit de cette bouche durant des mois. Ajouter au portrait un regard froid . Mais à la vue du joli pavillon,  j’étais déjà soumise à toutes épreuves. Car il me faut ajouter, que plus tard, à l'étage, pour moi, il y avait une grande chambre avec un bureau, des étagères contenant  où étaient rangés plein des beaux livres de mon beau-père enfant.  Jules Verne, ses voyages- La Comtesse de Ségur nous contant les "Malheurs de Sophie- Poil de Carotte... Je lisais des nuits entières.  

   Mais je reviens aux présentations: Alors que nous approchions pour embrasser cette nouvelle famille… Georges, Berthe, Edmond, nous tendirent, chacun une de leurs joues, avec une drôle de moue. Hésitants, comme si mon frère et moi avions la gale. A peine nous effleurions leurs visages, qu’ils se reculaient, une légère mimique de dégoût.

- Pourtant l’avenir me prouvera que, malgré le dédain et la froideur de l’accueil, je fus respectée  de ces gens bien plus que de ma mère.

Images: Le pavillon, en haut la petite fenêtre de ma chambre - ET...  l'ambiance joyeuse du jour de ma communion.

      A MA MÈRE  "Aimer c'est  parfois donner ce qu’on n’a pas,  à quelqu'un qui n'en veux  pas"   Lacan

     Ma première année à Goussainville fut relativement calme du fait que ma mère devait s'habituer à ma présence dans son nouveau couple. Elle devait aussi faire bonne impression à sa belle-famille qui squattait, " leur pavillon" du vendredi soir au lundi matin. Du fait de leur négation, et surtout de leur regard lourd de sens. Nous passions des dimanches anxieux, dans l'arrière cour, les femmes au tricot, les hommes au jardin. Nous les enfants dans notre chambre, faisions attention à ne pas faire de bruit. Surveillant notre langage et surtout notre tenue. Ou muets, faces au regard froid de Berthe : Période d'observations mutuelles.
  Puis il y eu un changement de comportement dans notre éducation.
  Maman, étant née de parents ouvriers, était peu instruite. C'est pour mieux être acceptée de sa belle famille qu'elle nous inscrit au catéchisme. Moi le samedi au sport. Nos dimanches étaient réservés à la grand messe de dix heure. Du fait de mes années de pensionnats. A quinze heure  j'étais favorisée d'une heure de vêpres et du salut à dix huit heure.
   Je fis ma communion, la confirmation et petit plus, " enfant de Marie". Cérémonie que j'aimais, à cause des pétales de roses que nous envoyions lors de l'intronisation des sœurs. L'Eglise étant éloignée à extrémité du village. Maman ne se doutait pas qu'elle m'offrait, de grands moments de liberté - Échappatoires des corvées. Et prier ce Dieu qui m'avait ouvert la porte vers une nouvelle vie...
   Petit à petit je devins "gestionnaire " de tout le pavillon d'une drôle de façon que je résume par quelques phrases de ma mère:
- " Monique, tu as finis tes devoirs ? - " Oui maman"
- "Alors va nettoyer ton poulailler"- ou - " Va ranger les  chambres"
- " Va cirer tes chaussures entendez  - celles de toutes la famille... Va, va, va. - Cueillir tes haricots - pour  les conserves- cueillir tes prunes, tes poires, tes groseilles - pour les confitures - Balayer ta cave. Ramasser tes pommes de terres, carottes, salades etc.  Au début c'était à mes yeux un honneur, la considération  de ma mère pour moi, sa grande fille.

    J'étais fière de sa confiance... avant de comprendre que je n'étais que sa "suppléante de corvées". Faut dire qu'en épousant Georges malade, les parents fatigués, Maman avait aussi hérité de l'entretien du pavillon, terrains compris. Et moi, inscrite aux scouts "âme vaillante"... aucune ne faille dans ce parcours. Enfin cerise sur le gâteau. Ma tante devant accoucher,  nous confiât deux trois mois la garde de mon petit cousin. Un adorable bébé dont je dus décrotter les couches, dans le sous sol du pavillon, juchée sur un banc, et penchée devant un lavoir plus haut que moi... Avant de confier tous ces linges à l'énorme lessiveuse  qui trônait sur un poêle à bois. Alors, pour me récompenser de tout mes efforts, avant de remonter à l'étage, je prenais une petite cuillère au fond de ma poches, que je plongeais dans un pot de confiture, toujours caché derrières les fagots de bois. Ce qui me valut punition lorsque le larcin était découvert. Mais bon... ce qui était mangé, était mangé.

    Pour en  finir  gentiment avec ces années et réhabiliter ma mère. Je dois dire qu'elle étais une sacrée travailleuse. Habile couturière, mon frère et moi toujours bien habillés. Plus tard, j'ai retrouvé une photo: Moi, robe à fleurs roses - petit frère barboteuse...à fleurs roses! La nourriture était assurée grâce aux terrains et au poulailler : Dimanche: Poule au pot - Poulet, lapin... Lapin que je ne voulais pas manger, j'adorais cette gentille "peluche" Voir maman tuer les lapins me bouleversais. Les desserts du dimanche hum... Le "pain perdu", les tartes aux fruits. Pâques et Noël  la dinde ! Mais tout ce mérite, alors petit plus pour moi : La vaisselle !!

                                PREMIER AMOUR - CHRISTIAN 

   Il m'arrivait d'aller voir un petit camarade mon  "amoureux" Christian Corbillon - Notre romance avait commencée dans la salle de gym. J'étais fortiche en sport et Christian bavait devant mes exploits:

   Ben dame ! Toute en haut d'une pyramide, sur une planchette que portaient deux grandes, je me penchais exprès, très lentement en arrière, devinant le souffle retenu des spectateurs... et de Christian ; alors que j'effectuais un souple et majestueux "Pont arrière"... Lorsque mains touchaient le plancher, je devinais les soupirs de soulagement de mes copines... Oh là là, mes "ponts arrières" - mes  "reins cassés" mes "soleils", mes sauts périlleux, mes "sauts de singes" Que de bons souvenirs !

  Je connus mon premier baiser dans un champ... Avant première de "L'amour est dans le pré" A l'heure du dîner, je rentrais tête baissée, la main sur la bouche, persuadée que ma mère découvrirait mon forfait. Et je n'avais qu'une hâte, entendre : - "Monique va faire ta vaisselle" 

  Le jeudi, après midi, après avoir astiqués les chambres, et balayé  le poulailler, ramasser quelques doryphores endormis sur les patates, j'avais le droit de me promener dans les ruelles de mon village... Je dis : "mon village" aujourd'hui et çà m'fait tout drôle car Goussainville n'a vraiment plus rien d'un village!    

1950 - Dans la cour de mon école je fais le "pont" -Je ne retrouve pas la photo de la "pyramide -  1966 en vacances avec ma fille  un duo de  "Pont arrière"

 

Anecdote :                   CHRISTIAN ET MONIQUE  

    Une année était passée. Un bel après midi alors que nous nous promenions dans les champs, Cricri me regarda au fond des yeux et me dit d'une voix grave -  "Ma petite  "Monique " Tu as des beaux yeux... NON ! il n'a pas ajouté...  TU SAIS !! Mais il a dit une phrase sublime

 -  "Je vois dans tes yeux la mer, avec des petits points dorés comme des crevettes!  Je pris cette phrase comme un sublime compliment.

   De retour à la maison, je m'empressais d'aller voir ma mère! 

- " Dis maman...Tu les trouve beaux mes yeux ? - Elle me répond : 

- " Bien sûr presque aussi beau que les miens... - Moi : Dépitée...

- " Ah Bon... ?  Tu trouves qu'ils ressemblent à la mer ?

- " Ben oui,  ils sont verts...  Enfin quand la mer est verte ! Et ce n’est pas tous les jours !

-  " Ah bon ? Devant la banalité des réponses… c'était moi qui étais verte !

   J’insistais :- " Tu... tu ne vois rien d'autre dans mes yeux?

 -  " Regaaarrde... et je me tortille les yeux écarquillés sous son nez.  

-  " Ben non, rien, à part tes pupilles noires.

- "  Mais quoi d'autre M'man ? Son désintéressement me désolait...

- " Rien d'autre ! ...Bon maintenant fous moi la paix avec tes quinquets !

-  "  Mais maman ... tu ne vois pas des crevettes ? 

     ... Alors là... froidement - Elle me casse en deux en disant. 

- " Ben non, elles doivent être parties, tu sais, ça nage les crevettes mais pas dans les yeux et…. - " Et maintenant va nettoyer  " TON  poulailler.

 MON  poulailler  Ah GRRRR ! Toutes les réponses de ma mère finissaient sur ces injonctions… Va faire ceci ou va faire cela. Comme un sorte de passage obligé pour finir une conversation.

    JE ME SOUVIENS...  ​De mes chagrins pour mon père que je voyais très peu: une ou deux semaines par an - Quant sa Claire agréait ma présence. Nous allions tout deux promener dans le bois de Meudon. Parfois il faisait un détour à  "La Fontaine Sainte Marie", un petit bal niché dans ce bois près d'une fontaine. Là il me demandait de l'attendre sagement et allait danser avec une ou deux belles dames... me promettant qu'à son retour il danserait avec moi. Mon père tenait toujours ses promesses. Nous dansions alors près de la fontaine, J'en étais fière moi, la plus jolie des petites filles, de danser sur les bras du plus beau des papas.

   A dix huit heures nous rentrions - La consigne était: "Ne dis rien à Claire" - Mais sur le palier, Claire nous attendait de pied ferme, le regard assassin. Alors j'assistais impuissante à une scène de jalousie. Moi, la fille de l'autre.

L'HISTOIRE de MA DRÔLE DE VIE

             STRATAGÈMES  POUR RÉUNIR MES PARENTS...

   Mon père me manquait beaucoup bien que venant me chercher deux fois par an; période vacances scolaires. Malgré la présence de Claire, j'étais très heureuse de le voir  une dizaine de jours. Mais cela ne me suffisais pas... Alors  me vint une idée. Simuler une maladie...

    Cela commença  à l'école... La tête dans mes bras, je pensais très fort à lui jusqu'à ce que les larmes viennent, ce qui ne tardait pas. La Directrice s’inquiétant,  je lui dis que j'avais très mal au ventre. On prévint ma mère. A la maison je dis que j'avais très froid... Ma mère me mis une bouillotte et vous devinez la suite... j'eu droit au thermomètre que je mis sous la bouillotte.  38° - un début de fièvre. Le docteur vint... Alors qu'il me tâtait le ventre je me souvins que l'appendice  se trouvait à droite - dixit mon "pharmacien" de père - Sur mon simulacre d'une grande souffrance le docteur  diagnostiqua  une crise avec opération urgente. Sincèrement j'avoue que j'avais peur  de ce que j'avais  déclenché. J'imaginais alors le pire... Mais bon, impossible de reculer. C'est ainsi que opérée, encore à moitié endormie, je vis au pied de mon lit mon père et ma mère réunis avec dans leur regard, une attention toute particulière que je ne connaissais pas, mais qui me fit un très grand plaisir... Plaisir de courte durée puisque je fus secouée de vomissements, résultat de l'anesthésie à l'éther de cette époque: Ainsi j'ai pu voir  mes parents ensembles : deux  fois.

   La vie à Goussainville repris son cours, toujours aussi austère.  Jusqu'au jour où Edmond, père de mon beau-père se montra odieux. Mais je ne sais pas pourquoi je m'y attendais depuis mon arrivée. Sous son regard je n'étais jamais à l'aise.

   On était en juillet, Gisèle et Georges décidèrent de passer leur vacances en Bretagne... Du portail Edmond et moi les regardions partir. J'avais le cœur serré à l'idée de devoir affronter durant deux semaines; "les vieux" ainsi ainsi que les nommait ma mère. Seule, jusqu'au bout de la rue les suivais des yeux. Alors que refermais le portail, derrière moi, Edmond me regardait bizarrement. Retirant la ceinture de son pantalon. J'eu un très mauvais pressentiment.

     Mais je fus presque rassurée  de recevoir quelques coups de ceinturon sur mes gambettes ? Qu'avais-je fait ? J'évitais les coups mais je ne pleurais pas. Et surtout ne comprenais pas ?

    C'est alors qu'il  me dit : "  Maintenant tu sais ce qu'il t'arrivera si tu prends trop de temps  à faire les courses, ou revenir de la messe ou de tes cours de gymnastique.  Il poussa le vice à m'énumérer  le temps impartit pour chaque trajet !!   En fait cet enfoiré devait attendre depuis longtemps de pouvoir assouvir ce désir de me frapper. ME FRAPPER POUR RIEN !! Juste au cas où...

    J'ai donc respecté la consigne et au retour de mes parents je n'ai rien dit de peur de représailles. Mais plus jamais je ne le regarderais, ni ne lui répondrais pour moi il était devenu transparent.

    Ainsi je découvrais que si un humain  pouvais me frapper, impunément...  Il me faudrait être vigilante à l'avenir.

                   1952 - PREMIERS EMPLOIS

    Certificat d'Etudes mention  " Assez Bien "  obtenu le 28 Juin 1952. Ecole Jules Ferry à Goussainville. Je précise la date car,  dès le mois d’ Octobre  de cette même année, mon beau père me présente aux Ets Couturier, rue des Jeûneurs, à Paris. Je suis employée en qualité d'emballeuse de vêtements, pour la livraison, puisqu' il s'agit d'une fabrique de vêtements. Cette Société regroupe en dehors de la direction; des ouvrières, des contremaîtres, des mannequins. Et enfin des emballeuses. 

  J'étais heureuse de ce premier emploi qui enfin, me liberait de Goussainville et du jardinage ou tricotage - Du moins en semaine.

 Nous étions quatre, jeunes filles : Marcelline, Henriette, sa soeur Simone, Christiane et moi. Marceline, plus argentée, était le seule à avoir une boite de "Nivéa" Avec générosité elle nous permettait de nous en couvrir le visage. 

    -  Très peu suffit, nous disait -  C'est suffisant pour avoir moins  de rides plus tard...

        Marceline si tu voyais ma tronche aujourd'hui ....

                                    

    Mes collègues étant plus âgées que moi, je me considère alors, comme une jeune fille, j'ai quatorze ans et trois mois !! J'adore les présentations de collections, la présence des mannequins, les clients. J'ai de bons "pour boire" j'ai déjà compris que sourire et être aimable est très important.

    Entre midi et deux heures nous traînons dans Paris, la plupart du temps sur les grands boulevards. Assises sur un banc nous grignotons des sandwichs, des yaourts, tout en nous moquant des gens qui passent. Nous faisons des blagues, nos rires fusent même lorsque Paris est chagrin.

    Une ou deux blagues: Par exemple dans le métro nous entrons avec un tube de carton servant aux rouleaux de tissus.  Lorsque arrive la rame, nous nous installons bien au milieu de la voiture, une fille tiens le tube vers le bas, et l'une après l'autre nous nous arrimons au tube, vers le haut.... les gens croient qu'il s'agit de la barre qui sert à se tenir...donc machinalement,  ils se tiennent. Alors, lorsque nous trouvons qu'il y a assez de gogo accrochés à notre barre, nous descendons du métro. Malheureusement nous seront toujours frustrées de ne pas voir la tête des derniers gogos qui se retrouvent avec un tube en carton dans les mains!! 

   Aussi comme nous sommes un peu cruelles à cet âge.

  Toujours dans le métro.. Si nous voyons une personne de petite taille, nous la signalons à "Henriette" la plus grande. Puis juste au moment ou la personne veut descendre du métro, nous nous jetons sur elle comme si elle était tombée sur les genoux...

    -  "Laissez-nous vous aider Madame..

   C'est Henriette qui est chargée de la soulever. La pauvre femme soit disant tombée s'énerve en gigotant ses jambes...

   - " Mais laissez-moi tranquiiiiille... lâchez - moi voyons   

   - Henriette lâche ... Et nous, nous sommes tordues  de rire.

   Parfois, lorsque nous avons envie d'une bonne glace... genre banane split, ou café liègeois - Nous nous laissons accoster... ( farce individuelle) - Sur les grands boulevards, seuls les Messieurs offrent des glaces aux jeunes filles. 

 - "Puis-je vous offrir quelque chose Mademoiselle ?

 -  "Oui, avec plaisir.

    Direction un super glacier qui donne sur le bd. Richelieu, avec une sortie arrière, passage du Panorama !! Là, il suffit de manger une grosse glace tout en minaudant, prétexter un petit lavage de main ou rajout de maquillage...  et de sortir: par le " passage" Montmartre.  Le temps que le Monsieur comprenne; nous sortons bd. Montmartre,  et le tour est joué !!  Je sais, c'était très très vilain.

 

                                                      

    Je restais donc, employée dans cet établissement jusqu'à mon mariage. Aujourd'hui je comprends que ce furent mes premières et dernières années d'insouciance"

    Côté look c'était moins génial. Je coiffais mes nattes en couronne sur ma tête - genre Madeleine Sologne dans  " Maria Chapelaine " un vieux film. Mes yeux verts soulignés d'un trait de crayon brun, acheté dans un Bazard. Un autre crayon rouge pour les lèvres et mes joues. Un foulard à peine posé sur mes épaules, un air que je rendais le plus mystérieux possible en regardant les hommes qui eux, louchaient sur ma poitrine, déjà pleine. Comme j'étais fière, me dandinant sur les vieux talons éculés que j'avais eu toute la peine de négocier à ma mère, contre une quelconque corvée de nettoyage. Je me sentais devenir "femme"-  Combien j'en étais fière...

    Quelle était jolie la petite chèvre de Mr Seguin !..

                     C'était bien avant de rencontrer les loups.

       MA DRÔLE DE VIE à un moment difficile…

     Être une jeune fille au quotidien avec une maman qui aime beaucoup les hommes, les garçons… Pas les filles surtout si celles-ci risquent de devenir des obstacles. Difficile à décrire, ma relation avec cette femme qui avait tant de qualités dans la vie de tous les jours, mais qui inconsciemment me mettait en face de ces amours, amants de quelques jours. parfois quelques heures.  Malheureusement, à ma grande honte, au hazard de mes activitées ménagères, ou jardinière et plus... Je la surprenais en pleine activité amoureuse. Ces "entres-vues" auront un effet désastreux, plus tard sur ma nuit de noce.

     Enfin, j'ai aussi le douloureux souvenir de lui servir de "chaperon" afin qu’elle puisse aller aux bals du village… Pourtant j’étais heureuse de la voir danser le swing. Ce "swing"  quelle dansait si bien, et lorsque aujourd'hui j’entends un air de jaz je pense à elle avec tendresse… seulement sur ce souvenir.  En fin de bal je dus souvent assister à ses séances de " séduction ". 

    J'ai souvenir d'une fin de soirée particulière. Partir une nuit avec elle  et deux messieurs dans le vieux Goussainville. Je me souviens d’une cuisine où, avec l’un  d'eux je bois un drôle de café. Ma mère a suivit l’autre homme dans une chambre. Je les entends, l’homme qui est resté avec moi devient entreprenant, bien que la tête me tourne je m’échappe et je cours éperdument dans un champ attenant à cette maison. Alors que je me suis effondrée à terre. Ils m’ont rejoints tous trois. Sans un mot Maman et moi sommes ramenées au pays.

Je tairai cette aventure, puisque c’est la première fois que je l’évoque… J’avais seize ans. ce jour ou j'écris mon histoire j’ai soixante dix huit ans.

    Depuis cette terrible nuit (pour moi) je ferais souvent un chantage à ma mère. Cette dernière tenant à une position durement acquise dans sa belle famille, se fera discrète, ce qui me rendra la vie plus facile et plus saine. D’autant plus qu’un de ces amants au passage, m’avait offert une jolie petite sœur.

    S’écoulèrent deux années partagées entre le gentil bébé, le lavage des couches, le tricotage des vêtements, les corvées ménagères, et jardinières des samedis, dimanches. Les hommes aux terrains, les enfants dans la cour, derrière la maison. Petit frère jouait, petite sœur babillait, maman cousait pendant que moi, au tic tac de mes aiguilles à tricoter je m’imprégnais de ce faux tableau familial…

    Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…

    - Maille à l’endroit, je vais m’arracher d’ici le plus vite possible.

    - Maille à l’envers, je jure ne jamais vivre cela.  Ma liberté serait mon but, ma devise… Et si je me mariais ?

          1953 me présenta ma porte de sortie. Georges,  mon futur époux.  

L'HISTOIRE de MA DRÔLE DE VIE
L'HISTOIRE de MA DRÔLE DE VIE
L'HISTOIRE de MA DRÔLE DE VIE

                    UN SOIR, UN TRAIN, GARE DU NORD...

      Printemps 1953... Il est 18h, comme chaque soir je me rends dans cette gare qui dessert les banlieues Nord: Stains, Pierrefite,  Goussainville - Mon train est en gare, d'un wagon, penchée à la porte  je vois une amie d'école: Christiane Corbillon***, je monte auprès d'elle,

    - " Tu attends quelqu'un?

    - " Que oui... mon fiancé, il est militaire, en permission ce soir on doit se rejoindre au train... Ah! je le vois qui arrive.

    Je m'attends au pire vu que Christiane n'est pas franchement  canon. Mais je vois arriver là un  beau militaire. une tignasse blonde sous son képi, des yeux bleus qui me sourient.

    Liliane intervient, nous présente l’un à l’autre :

    - " Mon copain Georges, Monique" Ah bon, le fiancé c’est qui ?

    - " Pardon Mademoiselle "… Je le laisse passer, mais, je rêve ? Sa main a frôlé ma taille ? – Il embrasse Liliane, cela me rassure. Dommage quant-même, car je le trouve bel homme. Arrivés à notre destination Liliane descend… Georges me glisse à l’oreille :

     - " Demain soir je vous attends à l’arrivée de 18h45, je serai seul. … J'en crois pas mes oreilles !! Sur le quai : "Au revoir Georges, au revoir Monique. Unair détaché, mais le clin d’œil, significatif qui disait : Soit là Monique ! - Je suis scotchée! Mais sur le chemin vers la maison… envie de danser ! Effectivement le lendemain… Je le retrouvais sur le quai et seul. Les jours d’après ; je laissais partir le train de 18 h10 et Liliane. Prenant, moi, le train suivant afin de retrouver le beau Georges.

    Nous flirtions dans un champ avoisinant la gare. Il me plaisait beaucoup, semblait très amoureux, je l’encourageais pensant à la " porte de sortie ".

    Il s’avéra rassurant, tendre, et protecteur. Des câlins, sans aucun geste déplacé. Enfin quelqu’un d’autre que mon père m’aimait.  Mais je ne perdais pas de vue que Georges était de 6 ans mon ainé… En instance de divorce ? Et en rupture avec Liliane sa  pseudo fiancée. - J’étais dépassée par la situation. Sûre que je serais répudiée rapidement. C’était mal connaître l’animal qui s’accrocha à moi tel un poulpe… Malgré mes doutes, j’osais croire qu’inconsciemment, j’avais séduis ce bel homme, sans trop penser à l’issue de cette rencontre, le présent me suffisait, me rassurait. Une belle revanche sur les séductions de ma mère.

    Enfin j’étais regardé comme une femme, et fière de moi. Entre deux permissions, nous nous revoyions régulièrement. Georges désirait me sortir au cinéma, aller en ballade. Alors pour plus de liberté j’en parlais à ma mère, qui étonnamment, ne fit aucune objection. Répondant simplement : " C’est bien ma fille alors finis tes airs de sainte nitouche ?-  Je ne comprenais pas toujours ses réactions ? Mais elle me demanda de lui présenter le jeune homme. Ce qui je fis avec appréhension car le "jeune homme" avait 25 ans.

Ces premiers mots furent ce que je redoutais, elle ne m’a pas déçue.

     - "Bonjour monsieur… Georges ? - Alors comme-ça vous voulez sortir avec ma fille ? Elle n’est pas un peu jeunette ?  -  A son sourire et son regard sur ce " beau male " je tombais de ma stèle de " jeune fille ". Un nœud énorme se nouât dans ma poitrine - envie de disparaître. Mais Georges répliqua : Votre fille est très jolie, elle vous ressemble. Elle est la gentille personne que je recherche ; je patienterai - mais il se pourrait bien que je l’épouse… Avec votre permission madame. Je vis ma mère sourire satisfaite de la répartie; surtout du : " elle vous ressemble " Mais à son regard, celui que je connaissais bien,  je compris que la partie n’était pas gagnée. Nous dirigeant vers le salon elle enchaînait : - " Vous pendrez bien un apéritif Georges, Pastis ? Martini ? Porto ? Et toi Monique une limonade ? Un jus de fruit ?

     - Je pense : Ben voyons,  pourquoi pas un verre de lait.

    Le lendemain, Georges (qui déjà avait tout compris) me taquinait : - Tu sais ma chérie, je crois que je lui plais bien à ta mère"… Alors on va se fiancer dès mon divorce prononcé… Ne lui dis rien jusque là.

     Je pris une grande bouffée d’air et lui sautait au cou !

    - OUI, OUI et on va se marier ? " - Il me rappelle que je n’ai que 16 ans et qu’il nous faut attendre mes 17 ans pour avoir une dérogation de mes deux parents. - Enfin il me console, me promettant que nous seront fiancés en Juillet. Ce qui fut dit fut fait. Bien plus tard, mariés, il me précisait que maman avait été parfois, très entreprenante durant cette période fiançailles. Je n’en fus pas du tout étonnée.

 

 *** Concernant Liliane C… j’appris quarante ans plus tard qu’elle s’était mariée avec le frère de Georges. C'était  donc écrit que nous porterions le même patronyme.

 
FIN DE LA 1ière PARTIE  ENFANCE et ADOLESCENCE
 
LA   2ièm PARTIE  1955  MARIAGE 
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Résultat de recherche d'images pour "livre gif animé gratuit"  A L'automne de sa vie Claire se pose, raconte ses souvenirs

TU NAIS SEUL, TU MEURT  SEUL,  ENTRE LES DEUX IL Y A DES FAITS DIVERS. CHOISISSEZ BIEN VOS FAITS DIVERS  L Ferré

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 1955 - 1960 MARIAGE

LE CHEMIN  DE LA LIBERTE

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1969 LA SCHLAGUE

1970 - 1980  NICE

1970  - LE SELECT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         

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